Charlotte Hym : «Sans les Jeux Olympiques, les skateuses s’affronteraient dans trois compétitions dont personne n’a entendu parler»

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Neuroscientifique de profession, la skateuse française tente de se qualifier pour les JO de Paris.

Près du Palais de Beaulieu, à Lausanne, le Segment Festival a réuni les meilleures skateuses et skateurs du monde entier. Du 15 au 17 septembre, la Suisse a mis en lumière la culture urbaine. Outre les concerts de Nina Kraviz, Jazzy Bazz et Petit Biscuit, cette étape qualificative du World Skateboarding Tour pour les JO 2024 a permis aux athlètes de cumuler des points pour se hisser dans le classement mondial. À l’issue de ce long processus de sélection qui a commencé en juin 2022, vingt-deux sportifs seront choisis pour les Jeux Olympiques. Charlotte Hym est Parisienne, chercheuse et docteure en neurosciences. À 30 ans, elle est aussi en lice pour représenter la France aux Jeux Olympiques de Paris en 2024.

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Madame Figaro . – Comment avez-vous commencé le skate ?
Charlotte Hym. – J’avais 13 ans quand j’ai demandé une planche pour mon anniversaire. J’ai grandi à Paris qui est une ville dans laquelle le skate est très présent. C’est une activité qui m’allait bien, j’aimais être sans cesse en mouvement. Nous refaisions des figures à la sortie du collège avec des amis et j’ai toujours skaté dans la rue avec eux. Quand j’ai commencé les compétitions, en 2017, j’ai dû me rendre au skatepark pour m’entraîner, ce qui n’était pas dans mes habitudes. J’ai la chance d’avoir une boutique de skate qui me sponsorise, Snowbeach, dans laquelle je me rendais déjà plus jeune ; je suis restée fidèle à la famille qu’ils représentent pour moi. Les JO m’ont aussi permis d’avoir des sponsors en dehors de ce milieu, d’élargir mon périmètre. Être athlète de haut niveau me permet aussi d’être aidée par le département, la région île de France…

Vous étiez chercheuse, comment expliquez-vous ce «grand écart» dans votre carrière ?
J’ai fait une thèse en neurosciences cognitives que j’ai finie juste avant les jeux de Tokyo, ensuite j’ai travaillé en tant que chercheuse dans un laboratoire à Paris Descartes. Je travaillais sur la motricité des nouveau-nés. Maintenant je me lance dans radicalement autre chose ! Je vais travailler avec la Fédération française de roller et de skateboard en devenant conseiller technique national pour eux. J’ai passé un concours du ministère des Sports l’année dernière, pour travailler dans les fédérations sportives. Mon nouveau projet est réellement de travailler dans le skate, de faire avancer la discipline. J’ai continué mes études en faisant ce qu’il me plaisait au moment où cela s’est présenté. J’aime saisir les opportunités.

Comment expliquer qu’il y ait autant d’étapes pour se qualifier pour les JO ?
À Lausanne nous avons participé à la troisième compétition de qualification. Cela a commencé avec Rome en 2022, puis Charjat aux Émirats arabes unis en janvier 2023 et enfin Rome de nouveau en juin dernier. Il y a de nombreuses étapes à franchir avant d’être dans la liste des 22 meilleurs mondiaux qui participent aux Jeux Olympiques. Lors de cette compétition, j’étais l’une des dernières à être qualifiée pour les quarts de finale. Malheureusement j’ai été éliminée lors de la phase suivante. Même si j’ai perdu, cette étape ne remet tout de même pas en question ma place aux Jeux Olympiques. Ce sont nos 4 meilleurs résultats qui comptent sur environ deux ans de compétitions. Il faut se battre à chaque fois pour obtenir le meilleur classement possible, ce qui rend toutes les étapes importantes. Le skate est une discipline tellement incertaine. Imaginons, ils organisent une seule compétition, pas de chance le meilleur skateur du monde est blessé à ce moment-là ou rate un run (NDLR : passage)… Il est éliminé et ne peut pas se qualifier ! Ce n’est pas ce que l’organisation souhaite pour les Jeux Olympiques, ce qu’ils veulent, c’est donner à voir un très haut niveau. Donc, ils se donnent le maximum de chances. Les compétitions de la fin seront encore plus déterminantes parce qu’elles montrent ce qu’est le skateur au moment où son skate est le plus proche de celui qu’il sera aux JO et non «son skate» d’il y a trois ans.

Pour vous, les JO représentent-ils les sacrifices d’une vie ou simplement une très belle opportunité à saisir ?
Ces Jeux en particulier sont très importants pour moi, parce qu’ils se passent chez moi, à Paris. C’est vraiment excitant de se dire que les Jeux vont se passer à la maison. Tokyo, je ne l’ai pas vécu de la même manière, lors de la cérémonie d’ouverture par exemple, il n’y avait personne dans les gradins, c’était très bizarre. Quand on est arrivé dans le stade, c’était vide et je languis de voir ce que cela donne avec l’énergie du public.

Le skate féminin a beaucoup évolué ces dernières années, est-ce que vous ressentez ce changement ? Que reste-t-il encore à faire ?
Il y a beaucoup plus de filles qui skatent, et ça se voit dans les skateparks. Cela s’est vraiment démocratisé avec les JO. On voit beaucoup plus de jeunes filles se lancer dans la compétition. Au Segment Festival par exemple, la moyenne d’âge est très jeune, je dirais entre 10 et 15 ans. La skateuse la plus jeune est une Chinoise de 10 ans. Nombreuses sont celles qui ont moins de 16 ans. C’est un sport maintenant dominé par les jeunes, car il y a de plus en plus d’enfants qui ont envie de faire du skate, filles ou garçons d’ailleurs. Je trouve ça très positif et j’aime l’idée de continuer à montrer l’exemple. Une jeune fille m’a envoyé des mails pour me rencontrer et j’ai pris du plaisir à la motiver et à lui donner des conseils, en espérant qu’elle continue le skate encore longtemps.

J’apprends des figures aujourd’hui, qu’elles apprennent à 12 ans, fondamentalement, ce n’est pas pareil.

Charlotte Hym

Sans les Jeux Olympiques, le skate féminin serait toujours confidentiel. Les filles s’affronteraient dans trois compétitions dont personne n’a entendu parler. Maintenant les jeunes qui arrivent sont taillées pour la compétition. J’ai beau avoir les nerfs solides, j’ai 30 ans, et mon corps ne prend pas les coups de la même manière. J’apprends des figures aujourd’hui, qu’elles apprennent à 12 ans, fondamentalement, ce n’est pas pareil. Il y a vraiment une différence de niveau, un avant et un après Tokyo.

Est-ce que vous trouvez que le skate féminin est défavorisé au regard du skate masculin ?
Il y a quelques compétitions traditionnelles dans lesquelles il n’y a toujours pas de catégorie «filles» qui existe, mais c’est assez mal vu. Les Jeux Olympiques ont aussi permis d’arriver plus rapidement à des récompenses financières égales. C’est le cas sur l’ensemble des événements officiels mais il faut aussi saluer les petites compétitions qui montrent l’exemple. Je pense au Metz Ride Fest , qui envoie un signal fort et encourage les skateuses à ne pas venir pour rien. À mes yeux, il est impossible de faire une transition radicale, cela ne peut se faire que petit à petit. Il faut mieux encourager les efforts qui sont faits, plutôt que râler alors que cela va dans le bon sens. Il y a plus de filles aujourd’hui sponsorisées par des marques de skate par exemple.

Une nouvelle génération de skateuses

Physiquement, comment vous préparez-vous pour les Jeux Olympiques ?
Après ceux de Tokyo, j’ai commencé la préparation physique. Ce qui était impossible à faire avant, pendant ma thèse ! C’est essentiellement pour éviter de se blesser quand on chute, ce que l’on peut appeler «de la prévention des blessures», de la prophylaxie.

Quel est le profil des autres compétitrices ?
J’affronte des petites athlètes qui sont comme des gymnastes. Elles font des figures très gymniques qu’elles ont apprises dans les skateparks alors que certaines figures je les ai apprises quand j’avais 27 ans, uniquement pour les compétitions. C’est plus facile d’apprendre et d’automatiser quand on a 12 ans… Je suis de l’ancienne école, j’ai appris dans la rue sans l’objectif de performance. Elles sont plus stratégiques. Si je me qualifie c’est déjà une victoire en soi, mon objectif au final étant de réussir mes runs (NDLR : passages) et d’en être fière. À Tokyo, je n’avais pas encaissé physiquement ; j’étais très fatiguée le jour de la compétition. Je n’ai pas très bien skaté. À Paris, j’ai envie de tout donner, de réussir.

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